
Dans la continuité des conférences liées à l’exposition « Les engagés du sucre l’engagisme à La Réunion, 1828-1938 », le musée Stella Matutina vous propose une journée de conférences et d’échanges le samedi 17 octobre 2026 à l’auditorium « Pierre Roselli » du Musée Stella Matutina.
• 9h30 – 9h45 : – Accueil du public
• 9h45 – 9h55 : – Mot d’Emmanuelle THUONG-HIME, Directrice Générale des Réunion des Musées Régionaux
• 9h55 – 10h15 : – Introduction de Michèle MARIMOUTOU, Commissaire de l’exposition
➤ 10h15 – 11h15 : Le vagabondage ou le piège tendu aux engagés indiens par la doctrine coloniale
Par Stéphane LAW-HANG, Docteur en Histoire du droit et des Institutions (CNU03), Chef de projet du SRESRI (Schéma Régional de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation)
Résumé : En 1828, l’arrivée des 15 premiers Indiens à titre d’engagés à La Réunion se présente sous forme d’un essai. Le contexte est grave. L’abolition de la traite négrière proclamée 11 ans auparavant remet en question toute la stratégie de développement économique orchestrée par les riches familles de l’île, dont principalement le clan Desbassyns. Comment inclure le coût d’une main d’oeuvre de couleur qui serait par extraordinaire salariée dans le système d’exploitation d’une habitation sucrière dont la rentabilité restait de toutes les façons fragilisée par les aléas climatiques ?
En 1830, soit à peine 2 ans après leur arrivée, l’administration locale note un nombre disproportionné de vagabonds par rapport au nombre estimé d’engagés indiens. Finalement, en 1838, tous les vagabonds sont officiellement soumis à l’obligation de travailler. le décret local de 1838 illustra la preuve que le vagabondage était un phénomène causé par les habitants réunionnais eux-mêmes. Quels sont les enjeux en cours ?
➤ 11h15 – 12h15 : La question de l’engagisme dans la littérature coloniale et postcoloniale réunionnaise
Par Carpanin MARIMOUTOU, Professeur des Universités, Université de La Réunion
Résumé : La question de l’engagisme a préoccupé la littérature coloniale — celle qui se définit explicitement comme telle — réunionnaise, au dix-neuvième siècle et au début du vingtième, davantage que l’esclavage. Ce thème y est, bien entendu, traité depuis une perspective de classe — la bourgeoisie plantationnaire et « industrielle — et de couleur — les « blancs ».
La littérature contemporaine (seconde moitié du vingtième siècle et vingt-et-unième siècle, après avoir privilégié pendant un certain temps les thèmes de l’esclavagisation et des résistances, avec une insistance forte sur le marronnage, s’intéresse fortement désormais à celui de l’engagisme, en inversant, la plupart du temps la perspective de classe et de race de la littérature coloniale.
Très souvent les auteur.es se déclarent être, d’une manière ou d’une autre, les descendant.es des engagé.es et s’efforcent d’inverser le regard colonial en ayant explicitement recours — dans un contre discours assumé — aux archives familiales, au récits intimes, à la mémoire des ascendant.es, et en privilégiant la mise en avant de l’agentivité, des résistances et de la capabilité des personnages.
Cette communication traitera des modalités selon lesquelles ce thème est problématisé et traité dans la littérature réunionnaise, de la période coloniale et contemporaine.
• 12h30 – 14h : PAUSE DEJEUNER
➤ 14h-15h : Une question de vie ou de mort : aperçus démographiques dans le sud de La Réunion à l’époque de l’engagisme ( 1840-1882)
Par Dominique VANDANJON-HERAULT, Professeure agrégée d’histoire-géographie, PRAG, Lycée Roland Garros, intervenante en CPGE
Résumé : Le propos s’appuie avant tout sur un relevé systématique des décès sur la commune de Saint-Pierre, dans les établissements et sucreries ayant appartenu à la dynastie K/véguen, et sur le relevé complet des décès survenus dans le lazaret de cette commune. D’où le choix des bornes chronologiques : quelques années avant l’abolition de l’esclavage, des engagés arrivent déjà dans le Sud et 1882, marquant l’arrivée du train dans cette partie de l’île de La Réunion, apportant un certain nombre de changements majeurs.
Après une présentation de la problématique issue de l’analyse des données, on s’interrogera sur les causes de cet état de fait et les réponses sanitaires qui y furent apportées.
➤ 15h-16h : Histoire des engagés africains à la Réunion au XIXe siècle: de la captivité à la servitude
Par Virginie CHAILLOU-ATROUS, Enseignante-chercheuse, Chargée de valorisation pédagogique, CRHIA, Nantes Université
Résumé : Au lendemain de l’abolition de l’esclavage, le problème de la main-d’œuvre se pose avec encore plus d’acuité et la colonie française de La Réunion, dont l’activité sucrière est en plein essor, se tourne ardemment vers le recrutement de travailleurs engagés. Par le biais du système de l’engagisme, plus de 34 000 Africains ‒ originaires majoritairement de la côte orientale d’Afrique ‒ ont été introduits à l’île de La Réunion, dans la seconde moitié du XIXe siècle. Capturés en Afrique, « rachetés » puis « cédés » à un engagiste sur le sol réunionnais, ces engagés sont voués à une existence de servitude qui sous certains aspects les rapproche du statut des esclaves.
16h00 – 16h15 : PAUSE
16h15-17h15 : Joseph Saÿ (1843-1905), La destinée atypique d’un engagé cochinchinois devenu maire du Port
Par David GAGNEUR, Docteur en Histoire, Directeur de l’Iconothèque historique de l’océan indien
Résumé : Sous le Second Empire, les élites politiques de La Réunion, par leurs richesses, leurs talents, étaient assurées d’une position unique au sommet de la hiérarchie. C’était en ce sens une oligarchie. La rupture de 1870 offre-t-elle avec l’avènement de la République, les clés d’un possible renouvellement ? Le modèle, émergent en France hexagonale, des »nouvelles couches » chères à Gambetta est-il transposable à la Colonie ?
Dans un travail de recherches prosoprographiques sur un corpus de 165 élites politiques, menées pour une période s’étirant de 1870 à 1914, la situation de Joseph Saÿ est une exception. Comment ce prisonnier de guerre, devenu engagé, réussit-il à se hisser à la tête d’une commune ? Comment ce charcutier est-il devenu l’un des plus grands propriétaires terriens de la jeune cité portuaire ?
A partir d’archives fragmentaires, cette communication ouvre une voie : celle de redonner un souffle à une composante méconnue du peuplement de La Réunion, celle aussi, à partir de documents lapidaires, de rendre à Joseph Saÿ, une place dans l’Histoire par sa microhistoire.
17h15 – 17h30 : Conclusion de la journée